Histoire de Sorel et Tracy

BREF HISTORIQUE DE SOREL © 2003

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Les débuts

La région de Sorel, au confluent du Saint-Laurent et du Richelieu, a vu passer les découvreurs de la Nouvelle-France : Jacques Cartier en 1535 et Samuel de Champlain, qui y vint pour la première fois en 1603. Par la suite, Charles Huault de Montmagny, alors gouverneur de la Nouvelle-France depuis six ans, y fait ériger, le 13 août 1642, un premier fort, qui prit le nom de Richelieu et qui subsista de peine et de misère pendant 5 ans avant d'être abandonné, faute d'appui.

Ce n'est que dix-huit ans plus tard, en 1665, que prirent place la véritable fondation de notre région et le début d'un établissement permanent et définitif. À partir de cette date, commencèrent le vrai développement de la région et l'occupation permanente du sol.

Donc, l'année 1665 est l'année décisive où le roi Louis XIV reprit en main la Nouvelle-France et procéda à un nouveau départ par une série de mesures économiques, politiques, sociales et militaires. La plus pertinente pour nous fut l'envoi du Régiment de Carignan-Salières, dirigé par Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, afin de contrecarrer la menace des Iroquois.

Tracy mena deux campagnes de pacification contre les Iroquois et fit construire sur le Richelieu deux forts: Chambly et Sainte-Thérèse. De plus, il chargera le capitaine Pierre de Saurel de reconstruire le fort Richelieu, le plus stratégique de tous, qui prit rapidement le nom de son bâtisseur.

Voici l'origine de l'association du nom du capitaine Pierre de Saurel avec notre région.

Après trois ans de campagne, en 1668, le régiment se rembarqua pour la France laissant ici 400 officiers et soldats qui avaient choisi de s'établir en Nouvelle-France.

C'est ainsi que Pierre de Saurel, et plusieurs officiers et lieutenants du régiment comme messieurs Antoine Pécaudy de Contrecoeur, Pierre de Saint-Ours, Jacques de Chambly, Alexandre Berthier, René Gaultier de Varennes, et François Jarret de Verchères, quittèrent la vie militaire et acceptèrent de recevoir chacun une seigneurie quelques années plus tard, avec les privilèges mais surtout les devoirs et les responsabilités que cette nouvelle charge comportait. Ils répondaient ainsi au projet du roi de France de peupler et développer la colonie.

Tous ces hommes ont laissé leur nom de famille, à l'orthographe restée intacte et inchangée jusqu'à aujourd'hui, à des seigneuries devenues villes par la suite. D'autres militaires ont fait de même tel Pierre Boucher, Pierre Le Moyne d'Iberville et Alexandre de Prouville, marquis de Tracy. Ce dernier, à titre de lieutenant-général de l'Amérique française et installé dans ses quartiers généraux à Québec, a présidé au gouvernement général de la Nouvelle-France, incluant la chose militaire, de 1665 à 1668. C'est en 1954 que la corporation de la paroisse de Saint-Joseph-de-Sorel a choisi le titre de noblesse d'Alexandre de Prouville pour identifier la nouvelle
ville.

En 1672, Pierre de Saurel reçut officiellement la seigneurie qu'il avait commencé à développer depuis sept ans. Entre temps, il avait épousé une fille du pays, Catherine Legardeur. Il avait également commencé à s'acquitter de ses devoirs de seigneur, soit exploiter et peupler sa seigneurie en concédant des terres à 33 de ses soldats qui avaient choisi de s'établir avec lui, et leur assurer aide et protection, en construisant divers bâtiments dans l'enceinte du fort, dont un moulin et une première chapelle.

Il fut aussi à l'origine de la vocation navale de la région, en passant un contrat avec l'intendant dès 1671 pour fournir des bois de chêne et de pin au chantier du roi à Québec.

Bien sûr, comme tous les seigneurs de l'époque, monsieur de Saurel connut des difficultés : danger iroquois, climat dur, manque total d'infrastructure dans un pays neuf avec des habitants qui n'étaient pas des agriculteurs, sur des sols sablonneux au maigre rendement. Cependant, il fut à l'égal de ses contemporains, et pour pallier à ses problèmes financiers, comme beaucoup il se lança dans la traite des fourrures. C'est en revenant d'un de ces voyages qu'il mourut subitement à Montréal en 1682, à l'âge de 56 ans, après avoir été pendant 17 ans le premier seigneur de Sorel. Sa veuve garda la seigneurie encore 31 ans, soit jusqu'en 1713.

L'enracinement 1700-1763

C'est le début de l'enracinement de la seigneurie qui se développe malgré le changement de seigneur puisqu'en 1713, madame de Saurel, veuve, doit vendre la seigneurie au gouverneur de Montréal, monsieur Claude de Ramezay.

Le recensement et inventaire que produit le seigneur pour l'intendant en 1724, comme à chaque année, recense 53 propriétaires et nous permet de mesurer la progression du peuplement.

Il y a alors à Saurel environ 300 habitants, parmi lesquels les familles-souches représentées par Pierre Salvaye, Louis Paul Hue, Pierre Hus Cournoyer, Paul Hue père, les Pelletier, Péloquin, Hus Millet, Letendre, etc.

Depuis déjà trois ans, soit le 21 septembre 1721, l'évêque de Québec, Mgr. de St-Vallier, a promulgué le décret d'établissement de la paroisse de Saint-Pierre de Saurel.

Mais les terres de Saurel sont pauvres ; plusieurs Saurelois devront se livrer à la traite des fourrures en s'engageant auprès des marchands de Montréal et de Québec. Dans leur région même, de nombreux Saurelois vont se tourner vers d'autres richesses naturelles : le bois et l'eau.

La première mention de construction de bateau remonte au 30 septembre 1730. Favorisée par la présence de bois et le havre naturel que représente l'embouchure du Richelieu, la construction navale va se développer tout au long du 18e siècle, puisqu'en 1795, le voyageur Isaac Weld dira que notre principal commerce est la construction de bateaux. La première manufacture, une goudronnerie, est établie en 1740.

En 1750, environ 800 habitants vivent dans les rangs de la seigneurie de Saurel. Un premier réseau routier est apparue : rue de la Reine, chemin de la Rive, rang du Pot au Beurre. La nouvelle église vient d'être construite.

La Conquête et les bouleversements de la fin du 18e siècle

Le développement de la seigneurie est bouleversé par la guerre de Sept ans. Issue prévisible de deux stratégies de colonisation différentes, celle-ci commence en 1754, opposant Britanniques et Français pour le controle de l'Amérique du Nord.

Après la bataille des plaines d'Abraham, le commandant de Québec et seigneur de Saurel, Jean- Baptiste-Claude-Roch de Ramezay cède la capitale le 18 septembre 1759.

À l'été 1760, les troupes britanniques remontent vers Montréal, et les Saurelois tentent sans succès de les stopper en bloquant les chenaux des Îles car le 8 septembre, Montréal capitule.

Ce point tournant de notre histoire est scellé par le traité de Paris, conclu le 10 février 1763.

La seigneurie de Saurel, peuplée d'environ 1000 habitants, va connaître des changements essentiels et de nouveaux propriétaires. La même année, la famille de Ramezay vend la seigneurie de Sorel (sic) à monsieur John Bondfield, « anglais de nation » et bourgeois de la ville de Québec.

C'est à cette époque que l'appellation « Saurel » a disparu de l'usage commun pour « Sorel ».

Dix-sept ans plus tard, en 1780, la Couronne britannique fait l'acquisition de la seigneurie de Sorel par l'entremise du gouverneur de la Province de Québec, Sir Frederick Haldimand, un officier suisse. Son objectif était d'y établir des Loyalistes, ces Anglo-américains qui refusent l'indépendance des Etats-Unis et préfèrent vivre dans une colonie sous le régime britannique.

C'est également dans le cadre de la Révolution américaine que des mercenaires d'états germaniques, principalement celui de Brunswick, et leur chef, le major général Friedrich Adolphus von Riedesel, termineront leur engagement pour la Couronne britannique, se retireront de l'ancienne colonie devenue américaine et s'établiront à Sorel, pour deux ans, soit de 1781 à 1783. La famille de Riedesel sera logée à la Maison des Gouverneurs.

Ainsi la composition de la population soreloise, autrefois essentiellement canadienne-française, subit des modifications.

L'arrivée des Allemands et des Anglo-américains, pour la plupart protestants, va entraîner l'apparition d'une autre religion et la fondation à Sorel de la seconde église anglicane au Canada en juillet 1784.

Notre Vieux-Sorel se dessine

En 1783, le major French, ingénieur civil, et Samuel Holland, agent de la seigneurie, vont concevoir sur la demande du gouverneur Haldimand un plan de ville en forme de quadrilatère autour d'une place centrale, le Carré royal. Les rues alignées nord-sud et est-ouest, se coupent à angles droits, forment des lots uniformes et offrent des perspectives uniques, ce qui fait l'originalité de Sorel par ce premier plan d'urbanisme au Canada.

Ces rues, au tracé intact encore aujourd'hui, portaient et portent toujours aujourd'hui les noms des principaux membres de la famille royale britannique de l'époque.

Le nom de la ville subit un autre changement en 1787 lors de la visite du Prince William Henry, futur Guillaume IV d'Angleterre, qui, impressionné par le plan d'urbanisme, consent à lui donner son nom.

Sorel sera désormais le bourg William-Henry et ceci pendant 73 ans ; cependant, dans des documents tels récits de voyageurs, actes notariés, plans et autres écrits officiels, les gens continueront d'employer indistinctement les noms de Sorel et de William-Henry.

Quatre ans plus tard, en 1791, le Bas-Canada (Québec) est divisé en 25 comtés dont 4 urbains, à savoir ceux de Québec, Montréal, Trois-Rivières et le bourg de William-Henry. Le nouveau système politique prévoit pour la première fois une chambre d'assemblée qui siège à Québec, dans l'ancien palais épiscopal et lors de l'élection de 1792, John Barnes, capitaine retraité de l'artillerie royale, est élu député de William-Henry.

1800-1875 : le virage économique

Le début du 19e siècle est témoin d'un virage économique : les produits forestiers et la construction navale remplacent le commerce des fourrures comme principaux produits d'exportation.

L'économie de Sorel est favorisée pleinement par cette orientation économique. Tandis que dans les campagnes environnantes, le développement agricole se poursuit, sur les deux rives du Richelieu et le bord du Saint-Laurent, les chantiers maritimes continuent de se développer ; en 1810, un certain H. Jollief avait acquis des terrains sur la rive gauche du Richelieu et faisait la construction de navires. C'est également sur la rive gauche que furent transférés, en 1830, les chantiers de la St. Lawrence Steamboat Co. dont les actionnaires étaient les Molson et les Torrance.

En 1839, les frères irlandais McCarthy arrivèrent à Sorel dont Daniel, réputé constructeur de navires, qui prit la direction de ces chantiers.

En 1844, David Vaughan acquiert du gouvernement des terrains pour y établir son chantier naval et, la même année, les McCarthy achètent les chantiers de Molson et de Vaughan. C'est le chantier de D. Et J. McCarthy qui deviendra trente ans plus tard les Chantiers du gouvernement fédéral.

La construction navale entraîne l'apparition d'industries connexes : la construction de quais, la Fonderie Beauchemin, l'usine Pontbriand et Bellerose, qui fabriquent des machines à vapeur, des bouées, ancres, chaînes et la quincaillerie pour les navires.

Mentionnons aussi des scieries, la briqueterie Sheppard, des manufactures de vêtements et de chaussures, et des tanneries.

Quelques années après les soubresauts de la Révolte des Patriotes, en 1845, la municipalité de la paroisse de Saint-Pierre de Sorel est créée sur le territoire entre Sorel et la nouvelle paroisse de Sainte-Victoire de Sorel.

Trois ans après, le 10 mai 1848, le bourg (village) de William-Henry est érigé en ville ; le premier maire sera le notaire Jean-Georges Crébassa.

Dix ans plus tard, en 1857, il est décidé d'établir à Sorel la Cour Supérieure, la Cour de Circuit et le Bureau d'enregistrement. Le palais de justice et la prison furent construits en 1860. C'est la même année, le 19 mai, qu'est sanctionné l'Acte pour incorporer la Ville de Sorel : le nom de William-Henry disparaît.

Une décennie après commenceront les travaux de construction du chemin de fer devant relier Sorel à Drummondville.

En trois quarts de siècle, soit de 1800 à 1875, la population, stimulée par cette croissance économique et par l'immigration, va connaître une forte augmentation, ce qui entraînera à la fin de cette période, en 1875-1876, la création par décret canonique de deux nouvelles paroisses, Saint-Joseph de Sorel et Sainte-Anne de Sorel.

La guerre, la crise... et l'arsenal de la démocratie !

Le siècle commence par une période de torpeur économique, et une lente croissance de la ville et de sa population. La guerre mondiale de 1914-1918 crée des emplois. Loin des champs de bataille, et prédestinée par l'importance de ses chantiers navals, Sorel participera pleinement à la production des armements et plusieurs navires de guerre seront construits au chantier local.

C'est pendant la guerre, en 1917, que Joseph Simard, originaire de Baie Saint-Paul, acquiert avec deux associés, les chantiers navals Manseau, occupés comme jamais auparavant à construire des bateaux de toute sorte. Ainsi commença la formidable saga des Simard et de la région de Sorel.

La crise économique déclenchée lors du krach de la bourse de New York en 1929 entraîne le chômage, puis la misère pour beaucoup de monde.

Pourtant, malgré les effets de la « Grande Dépression », la région connaît un développement économique important. Le port de Sorel voit ses activités redoubler avec la construction, en 1929, par North American Elevators Limited, des élévateurs à grains de deux millions de boisseaux ; désormais le port transbordera les céréales de l'ouest canadien destiné aux marchés d'exportation européens.

L'activité industrielle est en plein développement : en 1932, la Fonderie Beauchemin et Fils est acquise par Consolidated Marine Companies Limited et devient Sorel Steel Foundries Limited, dirigé par Ludger Simard, un des frères de Joseph ; il faut aussi mentionner l'implantation des Sorel Mechanical Shops, la manufacture de transformation du mica, et les fabricants de vêtements tel Lerner Clothing Company, Saurel Shirt Limited et Richelieu Knitting Company.

Fidèle à sa vocation tricentenaire, le moteur de l'économie, la construction navale, atteindra son apogée avec la formation de Marine Industries Limited en 1937.

Cette même période voit se développer des infrastructures et services qui desservent toujours les citoyens aujourd'hui: le marché Richelieu, l'hôtel de ville de Sorel, le pont Turcotte.

Dorénavant, les usines de Marine Industries Limited et Sorel Industries Limited tourneront 24 heures sur 24 et emploieront jusqu'à 10000 personnes pour répondre aux commandes de navires de guerre de diverses classes, puis de canons, données par les gouvernements britannique et canadien. Ce formidable marché de l'emploi fera converger vers notre région des milliers de travailleurs, venus de partout au Québec et de l'Ontario qui ont entendu dire « À Sorel y'a d'la job ! ! ! ». C'est ainsi que la population de Sorel va doubler entre 1941 et 1951. La construction domiciliaire connaîtra un développement considérable et le quartier de Sorel-Sud apparaît ; c'est là que s'établira en 1948 la manufacture de textile de Canadian Celanese Limited, qui fournira des emplois surtout aux femmes. Deux ans plus tard sera fondée la paroisse de Saint-Gabriel-Lalemant et l'église sera construite.

Ville de Tracy

Le 10 février 1954, la municipalité de la paroisse de Saint-Joseph-de-Sorel est constituée en la corporation de la Ville de Tracy. Le choix de ce nom de noblesse du marquis de Tracy résulta d'une soumission par un citoyen dans le cadre d'un concours. Notons que Tracy est un nom de lieu qui existe toujours en France. Les conditions établies par le concours étaient que le nom proposé ne soit pas un nom de saint et qu'il n'ait pas la terminaison «ville».

La deuxième moitié du 20e siècle

En 1949 débute à Saint-Joseph-de-Sorel la construction de l'usine de réduction QIT-Fer et Titane, aujourd'hui la locomotive de l'industrie régionale.

Sorel Industries Limited continue à produire des armements sur une échelle réduite. Les installations de l'entreprise furent acquises par deux entrepreneurs américains Crucible Steel et Beloit, fabriquant respectivement des pièces forgées et de la machinerie pour l'industrie des pâtes et papiers.

Marine Industries Limited, face à un marché naval restreint, se tourne vers la fabrication des wagons de chemins de fer et des turbines hydrauliques.

Ainsi la rive gauche du Richelieu a continué avec le développement industriel, car la ville de Sorel ne possède plus depuis longtemps le territoire disponible pour accueillir des entreprises à grand gabarit. En ce sens, on peut dire que le morcellement du territoire initial de Sorel à partir de 1875 a nui au développement économique de la municipalité.

L'implantation de Tioxide en 1962 et des Aciers Atlas en 1963 sont aussi des exemples de l'attraction qu'exerce le territoire sur la rive gauche du Richelieu pour établir les grandes industries.

Les particularités actuelles des municipalités sont le reflet fidèle de nos origines et de notre évolution historique : Sorel, la ville-mère, la plus ancienne, qui fournit les services et qui est le siège du port ; Saint-Joseph-de-Sorel et Tracy qui sont des territoires consacrés depuis 300 ans aux industries. Bel exemple que de faire le lien entre le contrat passé en 1671 par Pierre de Saurel pour les pins de Saint-Joseph-de-Sorel et, pratiquement au même endroit, l'emplacement de la toute nouvelle usine UGS de QIT-Fer et Titane en l'an 2000.